• Toujours et Jamais

    Toujours et Jamais

    Toujours et Jamais étaient toujours ensemble
    ne se quittaient jamais. On les rencontrait
    dans toutes les foires.
    On les voyait le soir traverser le village
    sur un tandem.
    Toujours guidait
    Jamais pédalait
    C'est du moins ce qu'on supposait...
    Ils avaient tous les deux une jolie casquette
    L'une était noire à carreaux blancs
    L'autre blanche à carreaux noirs
    A cela on aurait pu les reconnaître
    Mais ils passaient toujours le soir
    et avec la vitesse...
    Certains d'ailleurs les soupçonnaient
    Non sans raison peut-être
    D'échanger certains soirs leur casquette
    Une autre particularité
    Aurait dû les distinguer
    L'un disait toujours bonjour
    L'autre toujours bonsoir
    Mais on ne sut jamais
    Si c'était Toujours qui disait bonjour
    Ou Jamais qui disait bonsoir
    Car entre eux ils s'appelaient toujours
    Monsieur Albert Monsieur Octave.
    Paul Vincensini


    Rencontre avec le printemps

    Rencontre avec le printemps
    Ce matin
    Au détour du chemin
    Je rencontrai le Printemps.
    Vêtu comme un marquis, il avait mis
    Des fleurs à son chapeau
    Des fleurs à son manteau
    Et même sur son dos.


    Les unes blanches semées de rouge
    D'autres mauves
    Et d'autres rouges et d'autres bleues.
    Quelle joie c'était pour mes yeux!
    Et je lui dis " Tu es merveilleux"
    Et il me regardait
    Et il riait, et il riait !
    Et ses yeux étaient comme deux fleurs de lumière
    Parmi toutes ces fleurs printanières.


    Et il s'en fut sur le chemin
    En chantant quelque chansonnette.
    En sautant un peu sur un pied
    Et puis un peu sur l'autre pied,
    Comme font les enfants joyeux
    Quand ils s'entraînent à quelque jeu.
    Et je le vis disparaître au loin,
    Avec des fleurs sur son manteau
    Avec ses fleurs sur son chapeau.


    Et il a ainsi parcouru le monde
    Pimpant, joyeux et tout fleuri
    Et le monde entier lui a souri.


    Henriette Ammeux-Roubinet


    Mars
    O que Mars est un joli mois !
    C'est le mois des surprises
    Du matin au soir dans les bois,
    Tout change avec les brises.

    Le ruisseau n'est plus engourdi,
    La terre n'est plus dure,
    Le vent qui souffle du midi
    Prépare la verdure...

    Par dessus la haie, en éveil,
    Fier de ses fleurs écloses,
    On voit le pêcher au soleil
    Ouvrir ses bourgeons roses.

    Gelée ou vent, pluie ou soleil,
    Alors tout a ses charmes ;
    Mars a le visage vermeil
    Et sourit dans ses larmes.

    Alfred de Musset